Le Childfree Bullshit Bingo pour les nuls

Publié par Jiti le

Si vous trainez un peu sur les réseaux sociaux, vous avez probablement déjà du voir passer cette petite image qui regroupe les petites phrases que les childfree entendent le plus fréquemment. Histoire d’aller un peu plus loin que ce mème, je vais tenter de vous expliquer ce qui ne va pas dans ces remarques que l’on reçoit le plus souvent.

Childfree Bullshit Bingo

Tu changeras d’avis.

Depuis toutes ces années où je fréquente la communauté childfree, s’il y a un bien une chose qui revient le plus, c’est celle-ci. Bien qu’il soit possible qu’une personne puisse décider un jour d’avoir des enfants, pour une personne childfree qui a entamé une réelle réflexion autour de la parentalité, il est extrêmement rare que cela arrive. Quand on décide de ne pas avoir d’enfant, c’est souvent pour toute la vie.

Cette phrase est souvent utilisée comme une évidence mais ça n’est absolument pas le cas. Elle participe beaucoup à la pression sociale que subissent les gens. Comme si on n’avait pas le droit de pas vouloir d’enfant et qu’à un moment ou à un autre, on voudrait forcément avoir une descendance. Croyez-le ou non, ça n’arrive presque jamais. Il faut bien comprendre que c’est un choix particulièrement encore mal accepté en société, on ne prend pas cette décision à la légère.

Tu ne sauras jamais ce qu’est l’amour.

Parce que lorsque l’on ne veut pas d’enfant, on n’est incapable d’avoir des sentiments ? L’amour pour un enfant peut être très fort, c’est évident mais on peut tout à fait aimer sa famille, ses amis et son·sa conjoint·e. Pourquoi n’existerait-il qu’une seule forme d’amour véritable ?

La philosophie et même la science n’ont jamais réellement été capables de définir ce qu’est l’amour. Il me semble, dans ce cas, un peu prétentieux de penser que l’on a la réponse à cette éternelle question. Si c’est ce qui nous rend le plus humain, elle peut aussi prendre de multiples formes.

Tu regretteras ton choix plus tard.

Je dois dire que celle-là, je l’ai entendu tout au long de ma vie. A plus de 40 ans, non, je ne regrette absolument pas ce choix et c’est le cas d’une très grande majorité de personnes childfree. La parentalité n’est pas forcément pour tout le monde.

Il est aussi important de savoir que l’on peut tout à fait regretter d’avoir fait des enfants. C’est une chose qui arrive plus souvent qu’on ne le pense. Plus souvent que le regret de ne pas avoir été parent.

C’est impossible, tout le monde veut des enfants.

Mais si c’est possible avec la carte Kiwi. Depuis le temps que je milite pour la communauté childfree, je peux vous assurer qu’il existe un nombre incroyable de personnes qui ne désirent pas d’enfant. Il existe toute une panoplie de raisons pour lesquelles on ne souhaite pas devenir parent.

Cette manière de penser favorise, encore une fois, la pression sociale qui voudrait que si l’on ne ressent pas cette envie, c’est que l’on aurait un problème. Or ça n’est absolument pas le cas. Devenir childfree c’est souvent suite à une profonde réflexion sur la question.

Et vous c’est pour quand ?

La pression sociale, encore et toujours. Quand un couple semble avoir tout ce qu’il faut pour procréer, il n’est pas rare que l’entourage s’attende forcément à ce que la suite logique soit les enfants. C’est un choix qui n’appartient qu’aux couples et pas aux gens qui gravitent autour.

Il faut aussi avoir bien conscience que beaucoup de gens ne sont pas en capacité de se reproduire. La stérilité touche près d’une personne sur dix. Ce genre de petite phrase peut être douloureuse pour elles. On peut tout à fait ne pas avoir d’enfant pas forcément par choix. On parle souvent de « childless » dans ce cas.

A quoi sert un couple sans enfant ?

A quoi sert d’aimer quelqu’un ? Des questions comme celle-ci on peut s’en poser plein. Un couple n’existe pas nécessairement pour se reproduire. En tout cas pas lorsque l’espèce n’est pas menacée et que l’espèce en question est capable de réflexion qui va bien au delà de simples instincts naturels.

L’Humain est un animal intelligent. Assez peu menacé par son environnement sinon par sa propre espèce. Dans la nature, les animaux se reproduisent pour survivre. Nous sommes réellement loin d’avoir besoin de répondre à cette problématique d’autant plus que l’on parle d’une Humanité qui pourrait bien atteindre les 10 milliards d’individus d’ici 2050.

Mais les bébés sont si mignons/sentent si bon.

Faire des enfants parce que c’est mignon, ça me semble être une approche assez hors sol. On peut tout à fait désirer des enfant mais il faut aussi bien comprendre tout ce que cela implique et tous les bouleversement que cela apporte dans la vie. Un chat ou un chien c’est mignon aussi.

Evidemment que ça n’est pas un argument pour la parentalité. Alors oui, on peut trouver qu’un bébé sent bon mais ça ne peut pas être une raison pour laquelle on veut un enfant. Enfin j’espère…

Tu n’as pas d’enfant, tu ne peux pas comprendre.

Vous savez, même si on n’a pas d’enfant, on est tout à fait capables de comprendre le lien entre des parents et leurs enfants. Oui, ces sentiments peuvent être très forts. Bien sûr que l’on peut comprendre. Il faut arrêter de penser que les childfree sont dépourvus de compassion.

Nous avons tous été des enfants et pour beaucoup d’entre nous, nous savons parfaitement ce qu’implique le rôle de parent. C’est d’ailleurs souvent l’une des raisons qui poussent à ne pas se reproduire. La plupart des childfree ne font pas d’enfant justement parce qu’ils comprennent parfaitement ce que signifie être parent.

Qui va transmettre ton nom de famille ?

Je sais que les Hommes aiment « laisser une trace dans l’histoire » mais honnêtement quand on sera six pieds sous terre, est-ce que vous pensez sincèrement que l’on en aura quelque chose à faire que quelqu’un porte encore notre nom ? Si ça avait du sens pour un roi de France, pour nous, ça n’en a aucun.

J’espère sincèrement que les personnes qui nous sortent cette phrase font des enfants pour d’autres raisons que celle-ci. C’est cher payé pour juste perpétuer son patronyme.

Qui s’occupera de toi quand tu seras vieille/vieux ?

Si vous comptez sur vos enfants pour s’occuper de vous lorsque vous serez incapable de le faire vous même. La triste réalité des EHPAD montre surtout des personnes isolées que personne ne vient plus voir. Alors certes, il y a l’aspect financier mais imposer cette charge à ses enfants ne me semble pas être la meilleure chose à faire.

Lorsqu’une personne childfree sera vieille et qu’elle aura suffisamment cotisé tout sa vie, elle sera prise en charge comme les autres. Nous avons la chance de vivre dans un pays qui « ne laisse pas tomber ses petits vieux ». Les personnes sans enfant payent assez d’impôts pour faire fonctionner la société et s’assurer une fin de vie acceptable.

Quel dommage tu serais un super parent !

Combien de fois j’ai entendu cette phrase ? Des centaines de fois probablement. Alors oui, je suis probablement une bonne personne mais d’aussi loin que je me souvienne, je ne me suis jamais senti capable d’assumer un enfant. Pour être très honnête, je pense même que j’aurais été un très mauvais parent.

On peut tout à fait être une personne intelligente, bienveillante, pleine de compassion et avoir une situation stable sans pour autant avoir les capacités à élever un enfant. Ce qui m’étonne surtout, c’est que ce sont justement les parents qui sont les plus à même de le comprendre.

Comme c’est triste.

Non ça n’est pas triste de s’imposer quelque chose dans sa vie parce que c’est ce que veulent les autres. Au contraire, quand on choisi de ne pas faire d’enfant, très souvent, c’est justement parce que l’on trouve son bonheur autrement. Il n’y a pas qu’une seule manière d’être heureux.

En revanche, ce qui est réellement triste, c’est faire des enfants pour faire comme les autres et de le regretter plus tard. Un sujet particulièrement tabou mais une mère nous avait partagé son témoignage. Le tag #RegretMaternel sur les réseaux sociaux regorge aussi de cette tristesse.

Un jour tu rencontreras quelqu’un qui te feras changer d’avis.

Et si on avait plutôt envie de rencontrer quelqu’un qui ne veut pas/plus d’enfant ? Aussi incroyable que cela puisse paraitre, beaucoup de childfree choisissent leurs partenaires notamment en fonction de ce critère. Alors certes, on ne contrôle pas toujours ses sentiments mais est-ce que cela signifie que si l’on aime quelqu’un, on doit tout lui sacrifier ? Je n’en suis pas convaincu.

Doit-on réellement prendre le risque de devenir malheureux parce que son·sa conjoint·e veut des enfants ? D’autant plus que cela peut avoir des effets désastreux sur l’éducation de sa progéniture.

Tu n’aimes pas les enfants ?

Encore une fois, ce genre de phrase déshumanise totalement les childfree. La plupart des personnes que j’ai pu rencontrer qui ne désiraient pas d’enfant aimaient particulièrement les enfants. Nombreux sont ceux qui ne sentent juste pas capables ou qui n’ont pas envie d’en assumer l’entière responsabilité.

Toutefois, il n’est pas rare non plus de trouver des personnes qui ne sont pas du tout à l’aise avec les enfants. Ca ne veut pas dire qu’on ne les sauverait pas en cas de danger imminent ou qu’on ne ressent aucune empathie envers eux. C’est juste qu’on ne veut pas avoir à s’en occuper.

Tu verras quand tu en auras.

Je vous ai déjà parlé de la pression sociale ? Cette phrase, elle aussi, y participe beaucoup. On estime que les gens auront forcément des enfants, que c’est « normal ». Si cela peut sembler anodin, c’est au contraire, lourd de sens. D’une certaine manière on exprime le fait que la parentalité ne serait même pas un choix mais une obligation.

A cela, on peut aussi ajouter la petite variante « Ca n’est pas la même chose quand ce sont les tiens ». Que ce soit les vôtres ou ceux des autres, la charge reste la même. Encore une fois, tout le monde n’a pas ce désir d’y être confronté ou ne se sentent pas en mesure d’élever des enfants.

Une femme sans enfant n’est pas une femme entière.

Parce qu’une femme n’est qu’un utérus dont la seule utilité est de faire des enfants, c’est bien connu. La féminité a, elle aussi, plusieurs formes, on peut être une mère ou tout autre chose. Définir la féminité uniquement par la parentalité c’est un raccourci un peu dangereux qui puise probablement ses sources dans une certaine forme de patriarchie.

Une femme peut tout à fait être « entière » sans pour autant avoir des enfants. On prend souvent l’exemple de la working girl mais c’est une manière parmi tant d’autres de vivre sa vie. A aucun moment les choix d’une femme ne remettent en question sa féminité. Basiquement, une femme avec ou sans enfant est une femme.

Tu es égoïste.

Si les childfree ont de nombreuses raisons pour ne pas faire d’enfant, celles qui poussent à en faire reposent souvent sur de veilles idées d’une autre époque. On pourrait aussi penser que c’est égoïste de faire des enfants dans un monde dont l’avenir semble particulièrement incertain, où la vie peut être particulièrement dure si on manque de chance.

Au contraire, bon nombre de childfree (Les « GINKS« ) refusent la parentalité justement pour offrir un avenir meilleur aux futures générations. Une manière de penser qui met le bien être collectif avant ses envies ou ses plaisirs personnels. C’est tout l’inverse de ce qui pourrait être égoïste.

Tu es encore jeune, ça viendra.

Encore une fois, la pression sociale autour de la parentalité existe dès le plus jeune âge. Si on souhaite donner une bonne éducation, il faudrait plutôt expliquer que l’on a le droit de ne pas vouloir d’enfant et que si on peut effectivement changer d’avis, il faut que cela reste un choix. Mes nombreuses rencontres avec des personnes sans enfant m’ont surtout montré qu’il n’est pas rare que cette décision arrive très tôt.

D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais voulu d’enfant et ce, dès que j’ai compris ce que cela pouvait impliquer. Je dirais qu’autour de 8 ou 9 ans, j’étais déjà convaincu que je n’aurai jamais d’enfant. Mon cas n’est pas unique et à plusieurs reprises j’ai discuté avec des personnes qui n’ont jamais ressenti le besoin de procréer. Depuis toujours.

Tu prives tes parents de petits-enfants.

C’est probablement une des petites phrases qui choquent le plus. On ferait donc des enfants pour faire plaisir aux autres ? A mon sens, c’est beaucoup plus problématique de faire un bébé pour rendre heureux ses propres parents que de ne pas faire d’enfant du tout.

Encore une fois, la parentalité est un choix et si vous décidez d’avoir des enfants, vous devez d’abord le faire pour vous. Cela doit être votre propre décision et cela ne doit en aucun cas être influencé par des personnes extérieures à votre couple.

Tu as été un enfant toi aussi.

Justement, on sait ce que c’est d’être un enfant. Tout ce que cela demande comme travail pour un parent. J’ai du mal à saisir ce que sous-entendent les gens lorsqu’ils sortent cette phrase. Il faudrait donc reproduire exactement le même schéma que nos propres parents ? C’est ça l’idée ?

Il est aussi bon de comprendre que l’enfance n’est pas toujours une période heureuse pour tout le monde. Entre les séparations, les violences au sein d’un foyer ou dans le milieu scolaire ou encore l’isolement, il peut y avoir plein de raisons pour ne pas avoir eu une enfance géniale. On n’a pas forcément envie de faire potentiellement subir ça à son propre enfant. C’est assez compréhensible.

Tu as eu une enfance malheureuse.

Comme expliqué plus haut, oui ça peut être une des raisons qui poussent à ne pas vouloir d’enfant. Peut-on réellement reprocher à quelqu’un qui n’a pas eu une vie extraordinaire de ne pas vouloir prendre le risque de reproduire le même schéma pour son enfant ? Parce que l’on veuille ou non, on finit toujours, plus ou moins, à faire comme nos parents.

Toutefois dans mes multiples rencontres, j’ai surtout discuté avec des personnes très équilibrées, avec des situations particulièrement stables et qui ont eu une enfance que je qualifierais de « normale ». Personnellement, c’est mon cas, j’étais un enfant classique avec ses rires, ses pleurs, ses copains et ses jeux. Je n’ai juste jamais eu envie de me reproduire. Il n’y a rien qui m’a particulièrement traumatisé quand j’étais gamin.

Donner la vie est la plus belle chose au monde.

L’amour, l’amitié et plus généralement le bonheur sont de très belles choses. Reste à savoir où son nos envies et nos priorités. Quand je vois le nombre de personnes qui regrettent d’avoir eu des enfants, je me demande si cette parentalité n’est pas un peu romancée et que, dans les fait, c’est beaucoup moins glamour que ce que l’on veut bien nous raconter.

Ton enfant pourrait guérir le cancer !

Il pourrait tout aussi bien de devenir un dictateur sanguinaire. Blague à part, si on ne se sent pas capable d’élever un enfant ou que l’on n’en ressent pas forcément l’envie, je doute que l’éducation de l’enfant soit suffisamment bonne pour qu’il réussisse dans la vie.

Pour moi, c’est un peu la loterie. On peut tout à fait donner un environnement favorable à enfant sans pour autant qu’il réussisse dans la vie. C’est très difficile de savoir ce qu’il pourrait devenir seulement en se basant sur ce même environnement. On ne fait pas enfant parce qu’il pourrait, peut être, être quelqu’un de bien, un jour, si tout va bien.

Ton horloge biologique tourne.

Dans notre cas, il s’agit plutôt d’une « horloge sociale ». Dans la société occidentale, on estime qu’entre 30 et 35 ans, « il est temps de s’y mettre ». Dans les faits, dans d’autres sociétés, cet âge n’est pas le même. Selon l’endroit où l’on grandit, cela peut être 20 ans comme cela peut être 40 ans. Techniquement, la ménopause tend à arriver à partir de 45 ans donc rien n’interdit d’avoir des enfants jusqu’à cet âge si ce ne sont des raisons morales ou éthiques.

L’utilisation du terme « horloge biologique » est, en fait, un abus de langage puisqu’en réalité, elle sert pour les cycles du sommeil ou les menstruations mais cela n’affecte absolument pas l’envie d’avoir des enfants. La libido étant suffisante pour assurer la reproduction chez les Humains. C’est peut être la pression sociale qui donne ce sentiment que l’envie d’un enfant arrive à un certain moment puisqu’il n’existe aucune preuve scientifique qui évoque cette envie ou même l’instinct maternel.

De toute manière, expliquer à une personne qu’elle ne pourra plus faire d’enfant alors qu’elle n’en veut pas, ça n’a pas réellement de sens.

En finir avec ces poncifs

Le jour où lorsque l’on annoncera qu’on ne veut pas d’enfant et qu’on nous répondra : « Ok », je pense que je pourrai fermer ce site. Parce que dans la pratique, c’est tout un argumentaire qui s’est créé par la force des choses. Penser que c’est « normal » de faire des enfants ou que « c’est le but de la vie », c’est aussi une manière de signifier que l’on a pas forcément le choix. Se reproduire par obligation, ça ne semble pas être la meilleure des voies à suivre. Si ces petites phrases peuvent sembler anodines, c’est probablement leur accumulation qui participe grandement à la pression sociale qui existe autour de la parentalité. On peut tout à fait avoir envie de faire des enfants mais il faut le faire pour de bonnes raisons.

Enfin, il reste aussi important de comprendre que votre vision de la vie n’est peut être pas la même pour les autres personnes. Tout le monde n’a pas forcément le même but ou les mêmes envies. Si accepter cette idée semble logique, ça ne semble pas encore être le cas et c’est pour cette raison que la communauté childfree souhaite se faire entendre et comprendre. Pour conclure, je dirais que votre existence ne regarde que vous et vos choix ne doivent pas être influencés par les autres. C’est VOTRE vie.

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